Les origines de la crise au Proche Orient


Jamais entendu parler de l’accord secret Sykes-Picot ? Sans doute parce qu’il remonte à 1916 et qu’il est peu connu ? Il s’agit pourtant d’une des clés de compréhension de la situation au Proche Orient. De l’avènement des Etats modernes dans cette région du monde en passant par les turpitudes du conflit israélo-arabe jusqu’à la crise en Syrie et l’avènement de Daesh, beaucoup trouve ses origines dans cet accord secret, aujourd’hui bien connu des historiens. Etonnant que les journalistes ne s’y réfèrent guère pour décrypter l’information quotidienne. C’est pourtant crucial.

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Accord Sykes-Picot en carte

 Retour en arrière. Tout le monde connaît l’épopée de Lawrence d’Arabie, vue et revue grâce au film éponyme. Moins nombreux ceux qui l’ont lue à travers le roman « Les sept piliers de la sagesse ». En gros, c’est un héro solitaire qui lève les Arabes contre les Turcs. En revanche, qui en connaît véritablement les suites ? C’est dans cet accord secret que l’Angleterre et la France jettent les bases du drame actuel. En tournant le dos aux promesses, il partage le territoire acquis aux Ottomans entre les deux puissances européennes, déjà sur le déclin, sans aucun égard pour les populations.

 

 On fait donc face aux préludes d’une sorte de « Game of thrones » avant l’heure. Une série à rebondissements qui comprend la chute d’un empire, la disparition du calife, deux Etats étrangers (puis bien d’autres) intriguant pour obtenir le bénéfice d’une ressource pétrolière devenue critique pour leur développement, des peuples enclins à la zizanie depuis la nuit des temps, David contre Goliath, quelques héros locaux aux conceptions byzantines et un (bon) zeste de religion. Bref, un scénario parfait pour faire durer le suspense au grand plaisir des spectateurs, le tout en mondovision.

 

 Sans doute ne peut-on pas en dire autant des populations locales qui n’hésitent pas à prendre des risques fous pour s’échapper de la nasse. Avec, pour effet, un retour de boomerang sur l’Europe. Bref, c’est l’arroseur arrosé. Avec des centaines de milliers de migrants, qui recherchent l’asile politique ou plus prosaïquement sortir de la misère, les pays européens sont bien embêtés, d’autant que leurs économies sont mal en point. L’Allemagne, grande perdante de cette histoire qui remonte précisément à un siècle, saura-t-elle tirer son épingle du jeu ? L’histoire repasse parfois les plats…

 

Pour aller plus loin: http://www.liberation.fr/debats/2015/12/10/un-recit-qui-n-oublie-pas-les-perdants_1419861

(c) Xavier Dehan, 30 décembre 2015