Médor, le magazine qui mord (ou pas)


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Chacun conviendra que le paysage médiatique belge et international est en proie à une crise profonde. Née peut-être d’un certain désamour pour la lecture, elle l’est plus encore d’un changement de paradigme issu de la révolution digitale. On ne s’informe plus au 21e siècle comme on le faisait au 20e, like it or not. Dans ce contexte, la sortie du premier numéro d’un nouveau trimestriel belge francophone « d’enquêtes et de récits » doit être salué. Alors que l’expérience de Marianne Belgique, pardon, M… Belgique, s’achève dans l’anonymat, l’envie d’approfondir certains sujets donne envie de se saisir de l’ovni et de prendre connaissance des meilleures pages politiques. Laissons donc les articles qui se penchent davantage sur la culture ou le social (mention spéciale à « quand j’étais flamande ») afin de s’appesantir sur deux articles : celui sur Mithra et l’autre sur la SNCB.

 

Le premier porte en réalité sur l’emblématique patron de la « success-story » liégeoise productrice de génériques, essentiellement dans le domaine de la contraception. L’enquête a produit le buzz au départ d’une interdiction judicaire vite levée. On notera au passage que la presse s’est émue bien plus du débat sur sa propre liberté d’expression que sur le contenu de l’article… Celui-ci est, du reste, écrit au vitriol, questionnant les méthodes de gouvernance de François Fornieri, l’origine de son enrichissement personnel en lien avec les nombreux risques de conflits d’intérêt entre filiales du groupe, le jeu de dupe avec les politiques wallons ainsi que le manque d’innovation effective au sein de l’entreprise. Du lourd… Si la moitié de l’analyse, manifestement bien documentée, se révèle être un jour correcte, on ne s’étonnera guère des conséquences de toute nature.

 

Le deuxième article relève les pratiques douteuses de certains membres du conseil d’administration de la SCNB. Ici encore, beaucoup de question sur les risques de conflits d’intérêts, les collusions possibles entre politiques et hommes d’affaires, une gouvernance qui laisse – semble-t-il – à désirer. Force est de constater que l’acteur principal des transports publics belge est géré en partie par une bande de Pieds Nickelés, aux compétences pas toujours en ligne avec les besoins de l’entreprise – politisation des mandats oblige, qui vient renforcer une tradition de gaspillages. Bref, les soupçons de malversations se mêlent à la pratique de l’omerta, singulièrement sur les gares, les délits d’initiés aux fonds d’investissement de tout genre et de toute origine. Pas joli, joli… Au-dessus de la mêlée, Jo Cornu pratique l’adage de la ville de Paris : « elle tangue mais ne coule pas ». Pour combien de temps ?

 

En conclusion, le premier numéro donne non seulement le ton, mais aussi l’envie de découvrir un prochain numéro. Voir si le principe de réalité (économique) n’aura pas raison de la volonté du journalisme d’investigation ou le risque de verser dans le sensationnalisme raison de la critique telle que la voulait Beaumarchais.

 

Pour aller plus loin : https://medor.coop/fr/numero/15-16-hiver

(c) Xavier Dehan 19 décembre 2015